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jeudi 12 février 2015 - 18:00 : Retour sur trois siècles d’évolution des recherches en géomorphologie



par Christian GiustiProfesseur à l’Université Paris-Sorbonne et UMR 8185 ENeC CNRS et Marc Calvet,Professeur à l’Université de Perpignan Via Domitia et UMR 7194 CNRS

En 1950, dans l’essai qu’il consacre à « La philosophie géomorphologique de James Hutton et John Playfair », Henri Baulig est tantôt le praticien récapitulant de façon clinique au milieu du 20e siècle les « positivités » de la géomorphologie telle qu’elle s’est faite jusqu’alors, tantôt le morphologue engagé qui, par l’analyse rétrospective, dresse l’inventaire des étapes jalonnant l’édification d’une vérité :

« En réalité, le livre de Playfair est bien une œuvre originale, d’où la pensée de Hutton sort singulièrement élucidée et enrichie, en particulier pour ce qui concerne la géomorphologie. [...] Cependant, l’ouvrage, quoique cité incidemment, est resté longtemps à peu près incompris, et la saine doctrine n’a été retrouvée que dans le dernier tiers du XIXe siècle. [...] Nous y trouverons non seulement un progrès marqué sur les idées alors courantes, mais encore, sur plusieurs points, un commencement absolu ».

Cependant, il est possible de tenter une autre approche de l’histoire des recherches dans les sciences du relief en partant du fait – bien connu de Baulig – que, très tôt, des esprits curieux se sont posés la question de savoir pourquoi il existe « toujours » des montagnes, alors même que, depuis « toujours », les fleuves charrient sans fin leur charge vers l’Océan. Étant rappelé que toujours ne recouvre pas le même horizon chronologique pour l’histoire de la Terre avant et après le 19e siècle : de quatre à cinq millénaires à l’époque des Lumières et des « Théories de la Terre », de quatre à cinq milliards d’années au temps de l’Earth System Science.

Après avoir rappelé les sens du mot « relief » et précisé les différentes approches possibles en histoire des sciences, on évoquera d’abord les études géomorphologiques précédant l’entrée en scène de Davis à la fin du 19e siècle, puis l’émergence, le développement et la critique de la théorie du « cycle d’érosion » entre 1890 et 1940, pour examiner enfin la diversification des approches en géomorphologie au cours de la seconde moitié du 20e siècle.